» Partir ?  » selon Catherine Fuhg

C’est une de ces rencontres comme je les aime….

Celles guidées par l’intuition d’une découverte à venir, d’un mystère à percer, d’une surprise aussi rafraîchissante que grave.

Un look d’adolescente dans la fleur de l’âge, Catherine Fuhg l’écrivaine, la voyageuse, la cinéaste, l’aventurière, ce petit bout de femme se pointe devant moi, bien dans ses bottes, à l’aise dans sa fragilité posée et vagabonde tout à la fois.

Dès ma première question,  celle à laquelle tous mes invités ont droit, nous comprenons que nous sommes déjà dans une histoire, voire une Histoire, en soi.

–  » Quand et où êtes-vous née ? Où avez-vous grandi ?  »

Une naissance cachée, clandestine, dans un pays Européen, de parents Algériens, Juifs et communistes, pour finir par être déclarée, en différé de sa venue au monde, la vraie, en France.

Pourquoi faire simple lorsque l’on peut faire compliqué ?

– «  Je crois que mon histoire m’a coupé les racines et les ailes »…

Un Judaïsme sans traditions, un exil forcé, des questions sans réponses…

Tout ce que l’on sait pour sûr, c’est qu’elle est née en été, sous le signe du Lion. Sa jolie crinière savamment ébouriffée en témoignera pour elle.

Ses déplacements sur la planète sont le fruit du hasard, de l’amour, de l’excitation, de cette soif de découverte, de la recherche de ce mouvement perpétuellement renouvelé, tel le commencement d’une nouvelle vie, d’un nouveau chapitre de son livre de vie.

IMG_0990 - Copie   Catherine Fugh évolue avec les mots, avec les langues qu’elle maitrise au nombre de quatre, au moins : le Français, cette langue de lait, cet héritage maternel et paternel.

Celui de son enfance, de ses constructions mentales, émotionnelles, historiques et culturelles. Puis l’hébreu, cette langue millénaire ressuscitée qui pour Catherine représente le miracle ultime de l’Etat d’Israël.

Un bref passage en Tchécoslovaquie viendra pimenter sa cuisine des mots.

Viendra l’Allemand, celui de l’amour, de ses enfants, d’un pan de vie en ex Allemagne de l’Est, et parmi ces univers, c’est l’Anglais de son vécu aux Etats-Unis, à Los Angeles, qui viendra s’immiscer, se greffer, dans cette tour de Babel dont elle seule à les clés.

Chaque voyage, chaque séjour, chaque départ représente une renaissance en soi pour Catherine.

De brillantes études en Maths Sup/Maths spé, pour faire plaisir à ses parents, elle se plonge dans l’univers des mots et de l’image pour y consacrer son existence.

Ecrivaine, cinéaste, traductrice, femme, ex-épouse par deux fois et mère de quatre enfants tombés eux aussi dans cette potion magique des voyages et des renaissances à travers le Monde, les langues et les mots.

Catherine vit à Paris depuis dix ans  et envisage de quitter la France à nouveau.

Mais cette fois, cette excitation du départ, cette pulsion vers l’ailleurs et l’inconnu sont tintés d’une sorte d’angoisse quasi paralysante.

Pour la première fois, si Catherine s’en va, ce ne sera plus seulement pour l’exaltation d’un nouvel inconnu mais par cette sorte de pessimisme, ce sentiment de malaise, cette sensation de mal-être dans lequel les évènements récents la plonge.

Alors elle hésite. Elle recule ce départ, pour capter le moment où elle sera capable de distinguer cette envie de départ du besoin de fuite qui la talonne. Pour « ne pas s’avouer vaincue ».

Elle qui à force de tout recommencer à chaque fois, de pays en pays, se retrouve aujourd’hui, par le plus grand des hasards de la technicité diplomatique, à la fois Israélienne et Allemande, officiellement, parce l’on ne peut pas posséder autant de nationalités que de vécus.

Ce qui la pousserait réellement hors de France aujourd’hui ?

Cette aversion pour la « politesse ». Cette même politesse qui se transforme, sans que l’on y prenne garde en une subtile hypocrisie. Cette politesse des non-dits, celle des «dits » que l’on offre, courtoisement et cordialement à l’autre à la place des mots que l’on dans le cœur ou dans les tripes.

Rien ne semble plus agacer Catherine que cette politesse/hypocrisie « à la Française ».

Trop de mots, trop d’enveloppe pour ne jamais aller à l’essentiel.

Catherine avoue dans un soupir que pour bien faire, elle n’aurait jamais quitté Israël.

Les aléas de la vie l’ont pourtant contrainte à quitter ce pays où elle est arrivée, pour la première fois à vingt ans, au bras d’une amie, non-Juive, « totalement excitée » à l’idée de retourner visiter ce pays en compagnie de Catherine.

La sidération fut foudroyante. Le séjour d’un mois a duré plus de dix ans. D’Oulpan en études de cinéma dans la célèbre école « Beith Zvi », à Tel Aviv, une vie dans le désert du Néguev, dans la Beer Sheva des années quatre-vingt, un mari, des enfants…

« – Et si on se fixait rendez-vous à Tel Aviv dans cinq ans ? ;)

 

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